OPé2017 : faites entendre vos idées contre l’obsolescence programmée jusqu’au 20 décembre

Vous êtes assidu.e aux ateliers de réparation (s)lowtech ? Vous y avez constaté plus d'une fois qu'il fallait user de stratagèmes pour seulement réussir à ouvrir vos appareils pour en détecter la panne ? Ou encore, votre dernier smartphone, âgé de seulement 18 mois, n'a pas trop apprécié sa dernière mise à jour et est devenu inutilisable ?

Si une seule de ces affirmations vous correspond, vous avez probablement déjà grogné contre la fameuse "obsolescence programmée", menace fantôme des nouvelles technologies. Si le sujet revient fréquemment sur la table (avec quelques avancées par ci, mais aussi de jolies inepties par là), il n'en reste pas moins que l'obsolescence programmée est souvent difficile à détecter, et donc à combattre.

1477061291-ope2017-l

C'est justement dans le but de remettre la question de l'obsolescence programmée sur la table en période électorale que sept organisations se sont réunies pour mettre en place une consultation citoyenne et formuler des propositions autour de cette problématique. Les associations HOP (Halte à l'Obsolescence Programmée), Les Amis de la Terre, Zero Waste France, UFC Que Choisir, C2C Community, Democracy OS et GreenIT.fr ont donc lancé fin octobre la plateforme en ligne OPé2017, sur laquelle elles formulent des recommandations sur 5 grands thèmes, et invitent les internautes à voter ou à faire leurs propres propositions. Après une journée publique de rencontre et d'ateliers organisée à Paris le 10 décembre dernier, la consultation reste ouverte jusqu'au 20 décembre. Les associations porteuses en réaliseront ensuite une restitution début 2017, avec l'objectif de faire inscrire les propositions dans les programmes électoraux en vue des élections présidentielles et législatives de l'année prochaine.

Les propositions du collectif OPé2017 sont réparties en 5 grandes thématiques inhérentes à la question de l'obsolescence programmée :
1 - L'éco-conception (penser un produit durable dès sa conception)
2 - La réparabilité des produits
3 - Mettre fin à l'obsolescence logicielle
4 - L'information sur la durée de vie des produits
5 - Garantir les biens plus longtemps
Dans le cadre du projet associatif de PiNG, et en particulier du programme (s)lowtech, nous nous intéressons en particulier aux propositions 2 et 3.

Les idées formulées par le collectif et par les contributeurs en ligne en termes de réparabilité des produits résonnent en effet avec notre expérience de 3 années d'ateliers de réparation. Il est par exemple proposé de rendre obligatoire la possibilité de démonter entièrement les produits. En effet, c'est là l'un des premiers problèmes auxquels se frottent les bricoleurs qui se lancent dans la réparation de leurs appareils : les constructeurs mettent souvent tout en oeuvre pour que l'on ne puisse pas les ouvrir (en entier ou en partie), rendant parfois impossible le seul diagnostic de la panne, et donc la réparation...
capture-du-2016-12-15-112350

Un autre contributeur propose, en plus de l'allongement à dix ans de la disponibilité des pièces détachées, que les plans de celles-ci tombent dans le domaine public au bout d'une certaine durée. Cela faciliterait considérablement leur modélisation en 3D et leur impression... à l'Atelier Partagé, par exemple !
capture-du-2016-12-15-112333

Enfin, un contributeur se penche sur la question de l'éducation à la réparation, avec ces quatre idées :
"- Insérer les thèmes d'économie circulaire , réparabilité etc dans le programme scolaire
-Réintroduire les ateliers pratiques (couture, bricolage etc...)
-Inclure la réparation dans les cours de technologie
-Développer l'apprentissage et la formation aux métiers de la réparation"
Une fois encore, cela résonne avec notre expérience lors des ateliers (s)lowtech, dont l'objectif est toujours de réparer ensemble, avec l'aide précieuse des bénévoles réparateurs, et non de venir "faire réparer" son objet. L'objectif étant que chacun se réapproprie ses appareils en se familiarisant avec leur anatomie et leur fonctionnement. Et si les visiteurs de l'atelier jouent toujours le jeu et retroussent leurs manches pour participer activement à l'opération de leurs objets, il reste certain que tout le monde n'est pas à égalité en matière de compétences techniques de réparation, et qu'il est parfois très intimidant pour certain d'oser même franchir la porte d'un atelier.

Parmi les autres propositions sur la thématique de la réparation figurent également la création d'un "label de réparabilié" à appliquer sur les produits conçus pour pouvoir être réparés, la dynamisation de l'activité collaborative autour de la réparation, ou encore des mesures d'incitation financière.

La troisième thématique abordée, "mettre fin à l'obsolescence logicielle", se penche sur le problème très fréquent des smartphones ou ordinateurs qui ralentissent considérablement ou même cessent de fonctionner à la suite d'une mise à jour, car étant considérés trop vieux par le constructeur pour la supporter. Ces mises à jours sont la plupart du temps irréversibles et contraignent donc les utilisateurs à racheter un appareil plus récent, avant que le problème ne se pose de nouveau quelques mois plus tard. Avec l'arrivée massive d'objets connectés de toutes sortes dans les foyers, le problème risque de se poser de plus en plus fréquemment. Sur ce point, les associations porteuses de OPé2017 formulent deux propositions :
"1 => Instaurer un principe de réversibilité du système d'exploitation. L’utilisateur pourrait revenir à la version n-1, n-2, etc. du système d’exploitation en cas de ralentissement.
2 => Valoriser l'éco-conception logicielle."
En plus de celles-ci, il est intéressant de noter qu'une idée revient presque systématiquement dans les propositions des internautes apparaissant en dessous : celui du développement des logiciels libres. Petit florilège :

capture-du-2016-12-15-115126 capture-du-2016-12-15-115141capture-du-2016-12-15-115058 capture-du-2016-12-15-115120 capture-du-2016-12-15-115213Ces propositions font bien sûr partie de celles que nous soutenons, l'association PiNG étant investie depuis sa création dans une démarche de défense de la culture libre. En effet, de la même façon que les livres sont lisibles lorsqu’ils sont ouverts, les machines doivent elles aussi être ouvertes, afin que tout un chacun puisse lire le code qui les constitue. Si chacun peut lire ce code, chaun peut donc aussi le modifier, l’améliorer, le partager, mettant ainsi fin à une obsolescence logicielle programmée.

Jusqu'au 20 décembre, nous vous invitons donc à apporter votre voix à la consultation OPé2017, en votant, commentant ou ajoutant vos propres idées. Sur une question aussi étroitement liée à nos modes de consommation que celle de l'obsolescence programmée, il est d'autant plus indispensable que les citoyens participent à la formulation de la réglementation future. Nous vous proposons également quelques ressources pour creuser un peu plus deux thématiques en lien direct avec cette consultation :
> Dans la Tête dans le flux du mois de décembre, Charlotte nous en disait plus sur les Civic Tech, ces nouveaux outils de démocratie en ligne, dont fait partie DemocracyOS (la plateforme web support de OPé2017)
> En novembre dernier, c'est Thomas qui intervenait lors de l'émision radiophonique "Comment vont les fourmis?" sur le thème de l'éco-conception et de l'économie circulaire (1er thème abordé dans la consultation !). Invité aux côtés de Philippe Bihouix, Stéphane Le Pochat et Jean-Baptiste Bahers, il y raconte notamment son expérience des ateliers de réparation (s)lowtech.

 

Leave a Reply